Qu'est ce que l’objet banal dans l'art ?
Cette question traverse un certain nombre d'historiens d'art, philosophes, ou sociologues depuis plus d'une cinquantaine d'années.
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Tout commence avec le fameux urinoir de Marcel Duchamp, il fait l'acquisition de celui-ci en 1917 chez J.L. Mott Iron Works. L'initiateur du ready made l'envoie au comité d'exposition de la société des artistes indépendants sous le nom de R.Mutt. Sous prétexte qu'elle présentait une immoralité, et une vulgarité du fait de sa fonction première d'urinoir, un objet de plomberie, elle fut refusée par le comité. Ce qui n'empêchera pas l'œuvre de Duchamp de faire mythe grâce à une diffusion par de nombreuses photographies. Elle est aujourd'hui présente dans divers centres d'arts sous forme de copies, notamment au centre Georges Pompidou.
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On connait la suite de l'histoire. Andy Warhol et le Pop-art poussent l'idée de Duchamp à son paroxysme en faisant de l'objet quotidien et banal le motif principal d'un mouvement artistique. Une boîte de concentré de tomates Campbell's devient ainsi une œuvre reproduite à l'infini. |
Ces idées ressurgissent volontairement ou involontairement dans l'art actuel. La manipulation du banal, du populaire est inscrite dans la pratique artistique et dans sa génétique. En étant présenté dans une galerie, un centre d'art, ou un musée, une transformation de statut juridique par rapport à l'objet s'opère, mais celle qui prime sans doute le plus pour le regard de l'amateur d'art est le changement de statut qualitatif. C'est un glissement référentiel et une modification de la perception mentale de l'objet. Sa fonction usuelle est conservée mais une barrière symbolique empêche l'utilisation de celui-ci, l'usage passe au second plan pour laisser place à un signe et symbole que lui a d'abord attribué l'artiste puis le monde institutionnel lorsqu'il l'accepte. Lorsque Christian Boltanski propose pour la Monumenta 2010 au Grand Palais à Paris de placer un amoncellement de vêtements dans la nef, il transforme bien l'objet banal qu'est l'habit en objet d'art. Il extirpe le vêtement de son usage quotidien qui est d'habiller le corps, il change le symbole pour en faire un signe nouveau. Le vêtement devient unificateur lorsqu'il est vidé du corps qu'il contient. Il appartient à tous, chaque personne peut retrouver son propre vécu, son histoire passée, se souvenir, un thème cher à l'artiste.
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![]() | Au gré des expositions que les amateurs d'art contemporain parcourent, ils sont souvent amenés à rencontrer des objets du quotidien permettant ainsi de faire appel à la mémoire et à l'expérience tant personnelle que collective. Certains peuvent rester assez perplexes et dubitatifs par rapport à ce type de démarche, mais souvenons-nous que, dans l'histoire de l'art, la représentation de l'objet banal n'est pas chose nouvelle. Que fait Chardin lorsqu'il peint nature morte avec carafe et fruit si ce n'est représenter toute la banalité de l'objet ? Pourtant nous ne posons pas la question de savoir si cette peinture est une œuvre d'art, c'est un fait acquis par l'histoire. |
L'art contemporain use du banal comme l'art l’a souvent fait, seulement il change de forme. C'est généralement l'objet lui même qui se donne à voir. Néanmoins, la démarche artistique entre peindre une nature morte et faire un ready made avec une bouteille en plastique reste la même : redonner au quotidien une dimension poétique pour que chacun puisse trouver dans l'art sa propre émotion.
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