| Nom | Paolini |
|---|---|
| Prénom | Giulio |
| Né en | 1940 |
| Vit et travaille à | Turin, Italie |
| Mouvement | Art pauvre (arte povera) |
| Techniques principales |
Sculpture Technique Mixte |
Analytique et énigmatique : tels sont les adjectifs contradictoires qui ont parfois servi à qualifier le travail de Giulio Paolini.
Au cours des années soixante, Giulio Paolini s’emploie, en effet, à révéler les éléments constitutifs du tableau ainsi qu’à faire apparaître l’ensemble des relations que tisse une pièce entre l’objet, l’artiste, le regardeur et le contexte de l’exposition. C’est cette démarche analytique qui fit que l’on rapprocha Giulio Paolini des artistes conceptuels, rapprochement que lui-même nuança cependant à plusieurs reprises en faisant part, précisément, de son goût pour ce que possèdent d’énigmatique l’image et l’imaginaire : « je n’ai jamais été capable, dit-il en 1984, de renoncer au mystère et à la sensualité que les images évoquent toujours... »
Ainsi d’Intervallo, réalisée en 1984-1985, qui joue subtilement des diverses acceptions du terme « intervalle ». L’œuvre procède de la découpe en deux parties du moulage en plâtre d’une statue antique, ainsi que de la disposition de chacune de ces parties contre les murs de la salle d’exposition. Cette curieuse scission et le dispositif qui lui est associé imposent une distance concrète et mesurable entre les deux fragments du moulage, de même qu’entre chacun des fragments et le regardeur. Mais l’intervalle, en l’occurrence, n’est pas seulement physique ou spatial, il est également temporel. D’une part, la pièce invite le spectateur à reconstituer l’unité défaite de la sculpture, en un mouvement inlassable et sans succès ; d’autre part, elle tend à se présenter non pas seulement comme deux morceaux d’un même objet mais (et c’est là le résultat de la simple mais astucieuse installation de Giulio Paolini) comme deux instants, successifs, d’une même action. On aura remarqué que la sculpture choisie par Giulio Paolini pour sa duplication en plâtre se prête particulièrement à ce mouvement contradictoire entre reconstitution d’une unité perdue et arrêt sur image d’une action en cours.
Il s’agit en effet de deux corps masculins combattant, l’un tordant le bras de l’autre, courbant son torse, l’autre résistant, opposant sa force à la puissance de son adversaire. Ces deux corps entremêlés donnent l’image d’une lutte dont l’origine pour nous est perdue, dont l’issue nous est inconnue (qui sont ces hommes ? pour qui ou quoi combattent-ils ?), mais qui, étrangement, ne nous est pas moins familière. « Des milliers de statues constituent l’iconographie de l’imaginaire, raconte Giulio Paolini, cette illustration des figures mystérieuses, improbables et possibles, que sont les dieux et leurs hauts faits… Et puis, en aussi grand nombre, il y a les espaces qui séparent les statues, le vide dense qui nous les rend visibles, la distance qui, pour nous, les met en perspective… ».
Dans nombre de ses travaux, par l’usage de miroirs, de photographies, de moulages, ou par celui de la perspective, Giulio Paolini reprend à nouveaux frais les questions de la représentation et du simulacre, sans jamais, bien au contraire, oublier celle de la matérialité de l’œuvre et celle de sa situation, spatiale et temporelle, dans le monde contemporain.
Véronique Goudinoux






Formation de Giulio Paolini






