Bacon est l'un des derniers grands monstres sacrés de l'histoire de l'art. Joueur et autodidacte, porté par le désespoir - s'il est joyeux - et sensible à la vérité des gens, il demeure fidèle à la peinture et à la figure humaine, depuis le vrai début de son oeuvre, en 1944, jusqu'à sa mort en 1992. Il a su par son art faire entendre au grand nombre ce "quelque chose qui, dit-il, est beaucoup plus profond, bien en deçà de ce que l'on appelle la cohérence et la consciende, de l'ordre du sentiment et de la destinée humaine".
Né à Dublin en 1909, Bacon est un autodidacte et fait figure de solitaire. Lors de la visite d'une exposition de peintures de Picasso, à Paris où il travaillait comme décorateur, il se sentit véritablement attiré par la peinture. Mais ce n'est qu'en 1944, après son premier grand triptyque, Trois études pour des figures à la base d'une crucifixion, qu'il fait de la peinture le centre de sa vie. Au début des années cinquante, il peint des portraits de ses proches (Lucian Freud, Isabel Rawsthorne, Georges Dyer) d'après modèles, puis d'après photographies. Quant aux études du corps humain qu'il développe en série, elles sont exécutées d'après les photographies du corps en mouvement tirées d'ouvrages de Muybridge. Dès le début des années soixante, ses expositions se succèdent dans le monde entier. Sa notoriété ne cesse de croître, faisant de lui l'un des plus grands artistes du XXe siècle.